Il y a des moments où la vie ne prévient pas.
Elle ne chuchote pas, elle ne demande pas si c’est le bon timing.
Elle casse.
Net.
Un litre par seconde.
Presque.
Une fuite d’eau sur les canalisations extérieures.
Pas une petite goutte sournoise.
Non.
Une fuite qui oblige à tout arrêter.
Les projets.
Les routines.
Les élans.
Tout est mis en pause pendant qu’on creuse, qu’on cherche, qu’on répare.
Et en attendant…
On vit sans eau courante.
Seule.
Avec deux enfants.
Alors on revient à l’essentiel, sans l’avoir choisi.
On transporte l’eau à la main.
On compte chaque geste, chaque goutte.
On apprend à faire sans, ou plutôt autrement.
On redécouvre ce que « normal » voulait dire avant.
Avant l’eau qui coule sans qu’on y pense.
Avant les machines, la facilité, l’évidence.
La vaisselle devient un rituel.
La toilette, une organisation militaire.
Chaque litre a de la valeur.
Chaque geste a un poids.
Et bizarrement…
Dans ce chaos imposé, quelque chose se révèle.
La solidité.
La débrouille.
La capacité à tenir, même quand tout semble déjà trop plein.
Il n’y a pas de romantisme ici.
Pas de leçon toute faite.
Juste la réalité brute d’une mère seule qui fait face, parce qu’elle n’a pas le choix.
Et pourtant…
Il y a aussi des moments suspendus.
Des rires un peu nerveux.
Des enfants qui s’adaptent mieux qu’on ne l’aurait cru.
Une forme de fierté silencieuse.
On n’est pas en train de « vivre une expérience ».
On survit à un imprévu.
Mais on découvre, malgré soi, que l’on sait faire.
Que l’on peut faire.
Peut-être que c’est ça, le vrai secret.
Pas la maîtrise.
Mais la capacité à continuer quand tout fuit…. Même l’eau.
Et pendant que j’écris ces lignes…
Je creuse encore.
La fuite n’est pas réparée.
L’eau ne coule toujours pas dans la maison.
Rien n’est réglé, rien n’est « rentré dans l’ordre ».
Il y a juste moi, la terre retournée devant la maison, l’attente; et cette certitude étrange :
je suis exactement là où je dois être.
Pas parce que c’est confortable.
Pas parce que c’est beau.
Mais parce que je tiens.
Alors je continue.
À creuser.
À faire sans.
À avancer quand même.
Un jour l’eau reviendra.
Mais en attendant, je découvre tout ce qui ne dépend pas d’elle.
Et bizarrement, ça fait du bien…


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