Je suis retournée en CM2 à 44 ans.

Je suis retournée en CM2 à 44 ans.

Et franchement, c’était bien.

Il y a des matins où tu te lèves avec un agenda banal.

Et puis il y a les jeudis où le rectorat décide que les parents ont le droit de s’asseoir au fond de la classe de leur enfant pendant une heure trente pour observer.

Moi, j’ai dit oui. Évidemment.


13h30. Fond de classe. Rangée du fond.

On était trois. Trois parents sur toute la classe. Je ne vais pas vous faire un discours là-dessus parce que ce n’est pas le sujet, mais quand même… trois. Bon bref.

Donc nous voilà, trois adultes qui essayons de nous glisser discrètement dans la salle comme si on n’avait pas passé la matinée à faire des lessives et à répondre à des mails. On s’installe, on pose nos affaires à nos pieds, on croise les mains sur nos genoux et on attend sagement.

Je vous jure que j’ai failli sortir un cahier. 😂

Et là, j’ai rencontré la maîtresse.

Enfin, rencontré au sens où on voit quelqu’un à l’oeuvre pour la première fois. Parce que bien sûr on se connaissait déjà de loin, des réunions de rentrée, des mots dans le carnet.

Mais la voir travailler, c’est autre chose.

Bienveillante. Affectueuse.

Et pourtant respectée, vraiment respectée, sans avoir besoin de hausser le ton toutes les cinq minutes. Ce genre d’autorité naturelle que t’as ou que tu n’as pas, et qu’aucune formation ne peut vraiment t’apprendre. Ces gamins l’aimaient et ne la débordaient pas. Enfin, juste ce qu’il faut. Parce que des CM2 sages à 100% ça s’appellerait des clones et ce serait inquiétant.

Et puis elle avait des idées. Oh, des idées…

Edgar le chat. Génie absolu.

Pour leur faire faire de l’orthographe, voilà ce qu’elle a fait.

Elle a pris un extrait du livre qu’ils lisaient en classe en ce moment. Un bouquin avec un chat qui s’appelle Edgar, dont le talent principal dans la vie est de dormir et de manger ses croquettes. Elle l’a retapé en y glissant des fautes et elle est arrivée devant eux avec son air faussement catastrophé :


« Oh non, les enfants, j’ai encore fait une boulette… »


Deux oiseaux d’un coup : ils avaient lu l’histoire, ils connaissaient Edgar, ils étaient investis. Et là, hop, orthographe.

La classe était divisée en quatre équipes. Objectif de la semaine : qui corrigera le plus de fautes ? C’est une compétition, un jeu ou de l’orthographe? Personne ne le sait encore trop.

J’ai regardé les gamins se pencher sur leurs feuilles avec une concentration que je n’ai pas toujours moi-même sur mes propres dossiers. Et j’ai eu envie de participer. Vraiment. J’étais là à repérer des accords foireux dans ma tête comme une grande.

Oh, et j’oublie le meilleur : pendant que les groupes travaillaient, nous les parents avions le droit d’aller nous asseoir avec eux. Mais interdiction formelle d’aider.

Interdiction d’aider.

Vous savez ce que c’est, rester là, sourire aux lèvres, à regarder un gamin hésiter sur un accord au participe passé en faisant semblant de ne pas voir la faute ? J’ai failli mordre ma main. 😅

Maîtresse, elle en avait comme ça des dizaines, des activités. En français, en maths, partout. Un arsenal complet, construit année après année par quelqu’un qui aime vraiment ce qu’elle fait.

Moi à l’école. Petit retour en 1982 et quelques...

L’école que j’ai connue, c’était une autre époque.

Pas meilleure, pas pire, juste… différente. Plus frontale. Plus silencieuse. Le tableau noir, la craie, la maîtresse qui dicte et toi qui transcris en espérant ne pas te planter.

On apprenait quand même. Mais on jouait moins. Ou alors on jouait sans le savoir, et personne ne nous l’avait dit.

Ce que j’ai vu aujourd’hui, c’est une façon d’apprendre qui donne envie. Qui rend les enfants acteurs. Qui utilise le rire comme outil pédagogique. Et ça, je ne suis pas sûre que ça existait dans ma classe de CM2 à moi.

(Et je précise, parce que je vous connais : non, je ne suis pas en train de dire que l’Éducation Nationale en 2026 est parfaite. Très loin de là même d’après mon opinion personnelle. Mais aujourd’hui, dans cette salle, j’ai vu ce qu’elle peut être quand les bonnes personnes sont au bon endroit.)

Et quelque part là, dans le fond de la classe…

Il y a eu un moment, vers la fin de l’heure, où j’ai arrêté d’observer et j’ai juste… été là.

Les voix des enfants qui débattaient à mi-voix sur une faute d’accord. Maîtresse qui parle avec passion d’une œuvre d’art. L’odeur un peu particulière des salles de classe, ce mélange de crayon et de cahier chaud. La lumière de l’après-midi qui tombait un peu de travers sur les tables.

Et j’ai réalisé que quelque chose en moi reconnaissait tout ça. Pas de la nostalgie exactement. Plutôt une familiarité douce. Comme retrouver un livre qu’on avait oublié sur une étagère et se souvenir qu’on l’avait aimé.

L’école me manque un peu, je crois.

Là, j’ai dit un truc bizarre sur internet. Continuez à défiler, je vais bien. 😂

En tout cas.

Merci à cette Maîtresse que je ne nommerai pas par discrétion mais qui se reconnaîtra peut-être si elle lit ça un jour. 😘

Merci au rectorat pour cette idée qui valait le déplacement.

Et merci à mon fils, qui m’a regardée sortir de sa classe avec un sourire mi-fier mi-gêné, comme tous les CM2 du monde face à leur Maman dans un cercle où elles ne sont généralement pas.

C’était une belle journée.

Et si un jour on me redemande de retourner à l’école… je prends mon cartable sans la moindre hésitation.

Sandrine, une écolière à jamais

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